Camair-Co: Mebe Ngo’o veut liquider le Dja

Le gros porteur de la compagnie nationale aérienne ferait actuellement l’objet d’un plan macabre savamment ourdi par le ministre des Transports et le directeur général de Camair-Co pour le rendre hors service. Au nom du fric ?

L’histoire du Dja est bien connue. Ce gros porteur, un Boeing 767-300 Er, était déjà utilisé par la défunte compagnie nationale Cameroon Airlines. A la création de la Camair-Co, c’est le seul avion, en toute propriété, qu’hérite la nouvelle compagnie aérienne nationale pour le démarrage de ses activités. Des activités qui plus d’une décennie déjà, semblent toujours avoir du plomb dans l’aile. Et le malheur veut que chaque fois qu’un éclairci apparaît dans le ciel de la compagnie nationale, des oiseaux de mauvaise augure refont surface pour empêcher le redressement de «l’Etoile du Cameroun», avec à la clé de somptueuses prébendes à engranger sur le dos de l’Etat, seul pourvoyeur de moyens à la compagnie pour qu’elle reste en activité. Est-ce donc le cas du nouvel attelage de Camair-Co à la tête duquel -trône Ernest Dikoum, présenté comme un homme lige du ministre des Transports actuel, Edgar Alain Mebe Ngo’o, tutelle technique de la Camair-Co ?

Certains observateurs qui suivent au quotidien le fonctionnement de notre compagnie nationale aérienne n’hésitent pas à franchir le pas en répondant par l’affirmative. La preuve. Des sources exclusives de votre journal indiquent que, il y a quelques jours, lors d’une réunion tenue au ministère des Transports, le patron des lieux, Edgar Alain Mebe Ngo’o, aurait instamment instruit au Dg/Camair-Co, Ernest Dikoum, d’envoyer sans délai, du moins à la fin du mois de septembre, le Boeing 767-300 Er, le Dja, propriété de Camair-Co en visite technique en Ethiopie. A l’annonce de cette nouvelle, c’est la surprise générale dans les rangs des employés de la Camair-Co, notamment ceux qui s’occupent de la maintenance des aéronefs de la compagnie. Ces derniers se rappellent d’ailleurs que, il y a moins d’un an, le Dja avait passé une grande visite technique générale. L’avion revenu au Cameroun était alors pratiquement en l’état neuf.

Nous sommes alors en août 2016. D’ailleurs, c’est cet avion qui va assurer le transport des pèlerins camerounais pour le Hadj 2016. Malheureusement, contre toute attente, le nouveau manager de la compagnie décide de garder ce coucou au parc. Sans raison valable, ce d’autant plus que les dessertes internationales dont celle de Paris sont annulées et les représentations fermées. Plus grave, l’avion ne subira aucun tour de piste et surtout sans entretien. Pourtant, à en croire les cadres de la maintenance, en clouant le Dja au sol, les charges fixes de l’appareil, particulièrement celles de la location des 2 moteurs de l’avion, la «line» maintenance ou les réserves de maintenance continuaient d’alourdir la trésorerie de la compagnie. On parle aujourd’hui de près de 5 milliards de Fcfa qu’il faudra payer de gré ou de force.

Un avion Camair-co en plein vol.

Workpackage

D’où la question qui taraude les esprits de ces employés de Camair-Co qui ne cessent de se demander où se trouve l’urgence d’envoyer le Dja en révision en Ethiopie ? Ce d’autant plus que dans le milieu de l’aéronautique, la visite technique d’un aéronef répond à un chronogramme précis et à un cahier de charges clairement déterminé par le constructeur. Dans le cas précis du Dja, il est à noter que l’échéance d’une telle visite n’est pas encore due. Ce qui surprend davantage ces techniciens, fins connaisseurs des milieux de l’aéronautique qui rappellent à l’occasion que toutes les conditions pour engager une visite technique d’un aéronef ne sont pas respectées. Pour eux, pour qu’un avion aille en visite technique, il faut une préparation minutieuse. Celle-ci commence d’abord par l’établissement d’un cahier de charges, communément appelé dans le jargon de l’aéronautique «workpackage» qui indique de façon précise ce qu’on doit inspecter dans l’avion, conformément au manuel du constructeur.

La seconde étape consiste à la mise en place d’un dossier de consultation préparé et transmis à plusieurs ateliers pour l’ouverture d’un appel d’offres. Effectivement, au terme de la sélection, une fois la meilleure offre retenue, le dossier est acheminé au ministère des marchés publics (Minmap). Avant donc la signature du contrat, la proposition retenue est envoyée à l’Autorité aéronautique. Comme on peut le constater, le ministre Mebe Ngo’o et son féal Ernest Dikoum ne semblent pas se préoccuper de toute cette procédure. Ce qui n’aurait pas été admissible au temps où Mefiro Oumarou était Pca de la compagnie et veillait au grain pour que de telles décisions ne puissent pas être prises. D’où la question essentielle, celle de savoir ce que dissimule cette injonction du patron des Transports dont la précipitation semble cacher les desseins inavoués ? Et connaissant les méthodes expéditives et autoritaires de Mebe Ngo’o, et sachant qu’il dispose d’un féal à la tête de la compagnie, il y a comme un air d’argent qui flotte autour de cette visite technique.

Poursuivant donc nos investigations au regard de l’inquiétude qui transparait chez de nombreux employés de Camair-Co, notamment commis à la maintenance, l’on apprend que si le Dja venait à quitter le sol camerounais sous le fallacieux prétexte d’une visite technique, il s’en trouverait purement et simplement désossé. La raison, les loueurs des 2 moteurs du Dja ont déjà obtenu des décisions de justice, du reste non applicables au Cameroun, qui n’attendent que l’occasion idoine pour récupérer leurs moteurs, tant il est vrai que ces moteurs en location sont non payés depuis plus d’un an. L’inquiétude des employés de Camair-Co est davantage grande que les dirigeants de notre compagnie le savent pertinemment. C’est ce qui pousse nos experts à se demander ce que le duo Mebe Ngo’o-Dikoum dissimule derrière cette décision d’envoyer le Dja en révision. Une décision inopportune, inappropriée qui cacherait des desseins inavoués, concluent nos experts. C’est d’ailleurs pourquoi ces experts indiquent que si le Dja sortait du Cameroun, ce serait purement et simplement pour le mettre dans les rebus. A moins que, persistent nos mêmes experts, cette décision du Minstrans ne viserait qu’à forcer le gouvernement à sortir de l’argent frais pour couvrir cette opération où d’autres observateurs subodorent de forts relents de surfacturation.

D’ailleurs, indique-t-on dans les ateliers de maintenance des aéronefs de la Camair-Co, si le management de la compagnie avait même décidé de se préoccuper des moteurs même du Dja dont un se trouve en rade à Perpignan en France et l’autre dans les ateliers d’Ethiopian, cette opération prendrait au bas mot 6 mois. Seulement, force est de constater que Ethiopian Airlines n’a pas la capacité à réparer les moteurs d’avion. Pourquoi Mebe Ngo’o tient-il tant à envoyer le Dja en révision en Ethiopie ? La réponse est sans doute dans la question.

Aussi est-il urgent que les autorités compétentes, le Premier ministre en premier, de tout faire pour différer cette décision du Minstrans et de son homme lige. Il aura ainsi contribué à sauver le Dja dont la seule issue est d’ouvrir les négociations avec les loueurs de moteurs.

Source : La Nouvelle du 25 septembre 2017

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