Camair-Co: Nuages sur la reprise des vols vers Paris

Le processus d’obtention de la certification Tco mis aux placards. Le personnel de la représentation de Paris licencié. Un flou entretenu autour des négociations en cours avec la compagnie aérienne française Corsair.

Des informations relayées par la presse ces derniers temps, faisant état de la cession à la compagnie aérienne française Corsair des droits de Camair-Co dans les accords aériens entre le Cameroun et la France, et la légèreté des arguments développés dans le démenti de la direction générale, nous ont amené à investiguer davantage pour en savoir plus sur cette étrange affaire de cession de la ligne de Paris. En effet, à la question de notre confrère de savoir «à quand la reprise de la ligne de Paris», la direction générale est restée évasive et s’est enfermée dans des explications incohérentes, parlant plutôt des activités de la compagnie. S’agissant de la certification Tco (Third Country Operator) exigible depuis le 21 novembre 2016 à toute compagnie aérienne pour survoler le ciel européen, on n’en parle plus. Pour ce qui est du récent licenciement de l’ensemble du personnel de la représentation de Paris, la direction générale rétorque qu’il n’y a pas que Paris qui est concernée, le personnel de certaines représentations régionales à l’instar de Brazzaville, Kinshasa, Abidjan et autres, a aussi été visé par la mesure qui s’inscrit dans la politique de la réduction des charges.

S’agissant toutefois des accords en cours avec la compagnie aérienne française Corsair, la direction générale soutient « qu’il ne s’agit pas de cession des droits de trafics mais plutôt d’accords commerciaux, lesquels accords, qui auraient tant manqué à l’ex-Camair, sont à l’origine des échecs de la défunte compagnie aérienne nationale.» Et d’ajouter, « l’exploitation de la ligne de Paris coûte trop chère, il vaut mieux rechercher d’autres solutions. Quoi qu’il en soit, ces négociations ne relèvent pas des prérogatives de la Camair-Co mais plutôt du ministère des transports en charge de toutes négociations relatives aux accords aériens.»

Ainsi donc, pour se défendre, la direction générale semble soutenir que céder la partie qui revient au Cameroun dans l’exploitation du réseau aérien entre la France et le Cameroun ne serait pas céder les droits de trafic aérien mais plutôt un accord commercial. En tout état de cause, qu’il s’agisse d’une cession des droits de trafic ou d’un accord commercial, le résultat est le même : Camair-Co se prépare à abandonner l’exploitation de la ligne de Paris-CDG à la compagnie aérienne Corsair.

Toutes ces informations recueillies à bonne source à la Camair-Co laissent perplexes quant à l’avenir de cette compagnie. La reprise par Camair-Co des vols sur la ligne de Paris, ligne qui générait plus de 70 % du chiffre d’affaires, ne semble pas être la préoccupation actuelle du directeur général. Et pourtant, on se rappelle encore que par correspondance n° 000068/L/CCAA/DG du 1er  août 2016, bien avant la nomination d’Ernest Dikoum, Paule Assoumou Koki, directeur général de l’Autorité aéronautique, avait levé la suspension imposée auparavant à la compagnie aérienne nationale. Ainsi, Camair-co était à nouveau autorisée à reprendre les vols à destination de la France et les équipes techniques et commerciales de la compagnie s’attelaient effectivement à la reprise desdits vols, dès le début du mois de septembre 2016, le Boeing 767-300ER, le Dja, étant revenu de grande visite technique d’Addis-Abeba.

Un avion Camair-co en plein vol.

Dans le même ordre d’idée, un rendez-vous avait été pris pour le 18 octobre 2016, bien avant la date butoir fixée au 26 novembre 2016, avec les autorités aéronautiques européennes (EASA), pour passer l’audit du Tco, certification exigée aux compagnies aériennes étrangères devant desservir l’Europe. Au lieu de continuer ce processus, à savoir reprendre les vols vers Paris-CDG et obtenir la certification Tco, Ernest Dikoum a plutôt choisi de suspendre cette ligne et d’abandonner le processus du Tco.  En Conséquence, le Boeing 767-300 le Dja, qui revenait pourtant fraîchement d’une visite technique (Check-C04) en Ethiopie, après avoir effectué courant septembre 2016, sous l’ère Dikoum, le Hadj 2016 et quelques vols commerciaux à l’intérieur du pays est resté cloué au sol depuis plus d’un an. Son dernier vol commercial remonte, nous a-t-on indiqué, au 02 novembre 2016.

Un cadre de la direction commerciale approché pour nous expliquer un peu l’avenir de la compagnie déclare, sans ambiguïté que «contrairement à ce que l’on peut penser, le directeur général est dans une logique qui vise à réduire Camair-Co en une simple compagnie aérienne de services, appelée à exploiter un réseau domestique et quelques rares dessertes régionales.» Et d’ajouter : «Dès sa nomination, il a annoncé la couleur lorsqu’il déclarait que cinq avions étaient beaucoup et qu’on pouvait même diriger une compagnie aérienne sans avions. La preuve, sa première action a consisté à négocier l’obtention de la 5ème liberté à Fly Emirates…» Et de conclure : «Les accords en cours avec Corsair vont dans le même sens, c’est-à-dire céder la ligne de Paris à cette compagnie en contrepartie de quelques miettes par passagers transportés. C’est ce qu’il appelle accord commercial avec les grandes compagnies. Une curieuse façon de mettre en œuvre le plan de relance».

Evoquant justement le plan de relance de la compagnie, un syndicaliste indigné, raconte : «Toutes les décisions managériales du nouveau directeur général montrent plutôt que ce projet est rangé dans un tiroir…» Et de poursuivre : «on voit tous comment le directeur général se démène à réduire la compagnie aérienne nationale à sa portion congrue. La cession de la ligne intercontinentale à Corsair et surtout le licenciement envisagé de près de 250 employés le témoignent. En tout cas, la reprise des vols vers Paris n’est pas dans l’ordre du jour, au moment où les concurrents tels que Rwand’air, Asky et bien d’autres développent des stratégies de densification des dessertes intercontinentales, avec pour certaines, une flotte de plus de 20 avions.»

Des propos confirmés par certains hauts  cadres au Ministère des transports qui disent ne rien comprendre de la stratégie de développement de Camair-co en ce moment.