Camair-Co: Péril sur le Dja

La situation du principal avion de la compagnie aérienne nationale devient inquiétante. La Direction générale s’active à envoyer cet aéronef en Ethiopie pour qu’on y dépose ses deux moteurs, malgré les réticences des cadres du département de la maintenance qui craignent sa mise en épave.

Depuis plus de quatre mois, le «Dja» est cloué au sol à cause du problème de l’Apu et du Navdata, selon une source du département de la maintenance. Avant cette panne intervenue deux mois après le changement du top management de la Camair-Co, l’avion sortait fraîchement d’une grande visite en Ethiopie. En parfait état, le «Dja» a fait le Hadj 2016 sans problème et a effectué plusieurs vols domestiques. Au-delà de cette panne, le principal avion de la compagnie aérienne nationale fonctionne avec deux moteurs en location. Les siens sont arrivés en fin de cycle d’utilisation. L’un des moteurs a été déposé dans les ateliers d’Ethiopian Airlines et l’autre à Perpignan en France.

Un avion Camair-Co

Pour la réparation des deux moteurs du «Dja», l’ancien management a sollicité l’avis du ministère des Marchés publics. Ce dernier a choisi l’atelier israélien Iai-Bedek sur les huit ateliers soumissionnaires au terme d’un appel d’offre international des ateliers spécialisés. Le coût des réparations proposé par l’entreprise israélienne s’élève à environ trois milliards contre environ 5 milliards proposés par les ateliers d’Ethiopian Airlines, classés huitième au terme du dépouillement de l’appel d’offres. Il ne restait que les financements pour engager le marché.

Au département de la maintenance de la Camair-Co, on ne comprend pas pourquoi l’actuel management s’obstine à envoyer le «Dja» en Ethiopie malgré cette différence de prix de deux milliards de F CFA. Bien plus, selon un cadre du département de la maintenance, «la direction générale de la Camair-Co s’active à faire déposer les moteurs du Dja en Ethiopie dans le seul but de les remettre aux propriétaires sans solution de rechange. Cela veut dire que le Dja sera en Ethiopie sans moteurs avec tous les risques que cette opération comporte.» La même source révèle que«les ateliers d’Ethiopian Airlines n’ont pas les capacités techniques requises pour réparer les moteurs. Les techniciens d’Ethiopian ont d’ailleurs clairement indiqué dans leurs propositions qu’ils vont sous-traiter cette prestation».
Dans les couloirs de la direction générale de la Camair-Co, c’est la stupéfaction totale sur le sort réservé aux avions de la compagnie. Des cinq avions qui composent la flotte, un seulvole.

En effet, depuis avant-hier mercredi 15 mars 2017, le seul MA60 en activité est tombé en panne à Yaoundé. Les quelques rares passagers à destination de Bafoussam ont été priés de rentrer chez eux et de revenir ce vendredi pour effectuer le voyage au cas où l’avion seraità nouveau disponible. Une source au département de la maintenance confie que«les techniciens sont à pied d’œuvre pour faire voler l’avion avec une énième tentative de récupération de la pièce endommagée dans l’autre MA60 cloué au sol depuis des mois, à cause des relations exécrables et complètement détériorées entre les chinois d’Avic et Ernest Dikoum».

A la direction commerciale, un cadre agacé par cette situation se lâche : «Le problème de la maintenance des avions de la Camair-Co s’est accentué sous le règne d’Ernest Dikoum parce qu’il se raconte dans la maison que l’actuel Dg ne veut pas traiter avec les fournisseurs des pièces détachées qu’il a trouvés. Il estime que ceux-ci ont eu des relations trop poussées avec l’ancien management. Résultat des courses, tous les avions sont au sols.»
Un technicien de la maintenance va plus loin :«L’ancien management avait, à plusieurs reprises, dénoncé la cherté des prestations d’Ethiopian Airlines. Nous sommes surpris aujourd’hui que c’est ce prestataire qui est privilégié par l’actuel Dg qui clame haut et fort que ce choix relève des instructions du gouvernement».

Dans la foulée, on annonce l’arrivée, dès la semaine prochaine, des experts de Boeing Consulting pour des séances de travail avec le gouvernement dans le cadre duplan de relance de Camair-Co. Un membre du conseil d’administration au parfum de cette information, l’air amusé, s’interroge : «Que fera maintenant Mefiro Oumarou, le Pca de Camair-Co, qui, en plein conseil d’administration, avait traité les experts de Boeing Consulting de petits bandits ?»L’avenir de la Camair-Co, ainsi que celui de ses avions, semble plus que jamais compromis.
Source : Le Messager