Camair-Co: Qui veut brader la ligne de Paris ?

Des informations font état de la cession des droits de trafic aériens. Ce que dément le top management.

Une concertation s’est déroulée, il y a quelques jours, au ministère des transports entre le chef de ce département ministériel, les responsables de Corsair et le directeur général de Camair-Co. Au centre des discussions, la cession à la compagnie aérienne française Corsair des droits de Camair-Co dans les accords aériens signés entre le Cameroun et la France.

Ainsi donc, au lieu de s’atteler à reprendre la ligne de Paris, le directeur général de Camair-Co a plutôt eu la géniale idée de demander à une compagnie aérienne étrangère de faire le boulot à sa place, pour ne percevoir que des royalties, sous la forme, nous dit-on, d’un bonus, autrement dit, quelques piécettes de francs par passager transporté. Au bout du compte, si ce projet venait à aboutir, la liaison directe Cameroun-France sera désormais assurée par deux compagnies aériennes françaises, Air France et Corsair. «Un crime de lèse-majesté et une honte pour le Cameroun», s’exclame un cadre du ministère des transports qui poursuit son indignation en ces termes «que le ministre Edgar Alain Mebe Ngo’o a trouvé cette idée géniale au point d’encourager vivement les deux parties à mettre ce projet en exécution dans les meilleurs délais».

Dans la perspective de facilitation de la mise en œuvre de ce projet, des notifications de licenciement pour motif économique ont été servies, nous apprend-on, il y a environ deux semaines, à l’ensemble du personnel de la représentation Camair-Co de Paris. Pour cet employé de cette représentation que nous avons pu joindre au téléphone, «c’est l’avancée des négociations avec Corsair qui est à l’origine de la brusque volte-face qui conduit aujourd’hui à notre licenciement, alors que nous attendions avec impatience, depuis un an déjà, la réouverture de la ligne de Paris. Avec cette décision, le Cameroun ne battra plus jamais pavillon sur l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Une initiative qui sacrifie la fierté camerounaise dans l’hexagone. Vivement que le Chef de l’Etat fasse quelque chose pour mettre fin à cette mascarade qui se trame sur le dos des Camerounais.»

A la direction générale de la Camair-Co, un cadre de la direction commerciale au parfum du dossier ne cache pas son indignation : «céder les droits de trafic de Camair-Co à une compagnie française va en l’encontre du bon sens et même des textes réglementaires. Les accords aériens entre la France et le Cameroun sont basés sur le principe d’une compagnie par pays. Soit Camair-Co pour le Cameroun et Air France pour l’hexagone. Les premiers accords prévoyaient d’ailleurs que ces lignes se doivent d’être exploitées à fréquences égales. Nous n’avons jamais compris par quel mystère qu’Air France exploite aujourd’hui neuf fréquences sur le Cameroun».

Le projet qui serait très avancé, suscite tout de même de moult interrogations : Où en est-on avec le plan de relance de Boeing validé par le Chef de l’Etat qui envisageait l’exploitation de la ligne de Paris à raison de neuf fréquences par semaine, avec des avions modernes et confortables, de type Boeing 777 ou 787 Dreamliner ? Quid des normes internationales obtenues, et dont le ministre des transports s’en vantait il y a encore peu, à savoir la certification IOSA, le MITA, le Clearing House ? Où en est-on avec la certification Tco (Third Country Operator) exigée par l’autorité aéronautique européenne aux compagnies aériennes devant desservir l’Europe et dont les travaux étaient très avancés ?

Autant de questions et d’autres qui taraudent les esprits des employés de la Camair-Co qui se disent contre les tractations en cours. Est-ce pour cette raison que le Boeing 767-300 le Dja a failli être envoyé en Ethiopie pour y voir ses moteurs démontés et remis aux propriétaires afin que la compagnie ne puisse plus se vanter d’avoir un long courrier, et ainsi se retrouver dans l’incapacité d’assurer les liaisons intercontinentales, pour enfin justifier d’une certaine manière la cession des droits à Corsair ?

Serait-on entrain de désosser les ambitions de Camair-Co, par la fermeture tous azimuts de ses différentes représentations régionales, y compris celle de Paris qui pourtant générait plus de 70 % du chiffre d’affaires, par le licenciement du personnel expérimenté au nom de l’âge de la retraite, par le démantèlement de l’organisation à travers un organigramme difficilement exploitable, et par la réduction de ses activités au seul réseau domestique ? Tout porte à le croire. Puisque, apprend-on, de sources dignes de foi, à Camair-Co, l’on envisage, dans les tout prochains jours, le licenciement de près de 150 personnes.

Toutefois, jointe par nos soins hier alors que nous allions sous presse, une source au service au service de la communication dément formellement l’information après avoir consulté le directeur général. «C’est une fausse information…», tranche-t-elle. «Le sujet de droits de trafic n’a rien à voir avec la compagnie aérienne nationale. C’est une affaire qui est gérée par la haute hiérarchie. Nous devons faire très attention à ce genre de sujet… Ce qui a fait échouer la compagnie nationale, c’est l’incapacité à négocier avec les grandes compagnies. Toute compagnie qui veut négocier un accord commercial avec Camair-Co est la bienvenue. L’information que vous avez n’a rien à voir avec la cession des droits de trafic. Car céder les droits de trafic aériens est très dangereux», a confié le directeur général de Camair-Co. On peut dissimuler une maladie mais la mort finit par se révéler.

Source : Le Messager du 30 octobre 2017