Les contradictions de Mebe Ngo’o sur la relance de la Camair-co

Le ministre des Transports parle d’un «nouveau» projet Boeing, en s’emmêlant les pédales, comme si Paul Biya n’avait pas validé un premier il y a plusieurs mois.

L’interview accordée par le ministre des Transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o, à la suite de la présentation le 20 mars 2017 à Yaoundé du Plan Boeing dit «révisé»suscite aujourd’hui des interrogations, voire des atermoiements au sein de l’opinion publique qui ne comprend pas les raisons d’une seconde présentation de ce projet. On se souvient qu’après un travail de longue haleine qui a duré pas moins de huit mois, Boeing avait présenté en juin 2016 un Business Plan qui avait séduit et fait rêver les Camerounais, y compris le Chef de l’Etat lui-même qui l’avait validé à travers un communiqué officiel, se félicitant d’ailleurs de la qualité des relations entre le Cameroun et les États-Unis d’Amérique.

S’agit-il d’un nouveau projet ? Auquel cas, va-t-il suivre les mêmes étapes que le précédent, à savoir le visa du Conseil d’Administration de Camair-Co, de la Primature et enfin sa validation par le Président de la République ? Ou alors s’agit-il d’un effet d’annonce,d’une manœuvre concoctée par Edgard Alain Mebe Ngo’o, dont la finalité est de calmer les velléités frondeuses tant dans l’opinion publique, les allées du pouvoir qu’au sein même de Camair-Co contre les errements catastrophiques de gestion d’Ernest Dikoum ?

Curiosité

Lorsqu’on compare le projet Boeing«révisé» à celui qui avait été approuvé par le Chef de l’ Etat, il y a une curiosité étonnante. Le nombre de destinations desservies passe de 27 à 25. Dubaï(Emirats Arabes) et Guangzhou (Chine) ont purement et simplement disparu de la liste.Pourtant, les études de marché réalisées par Boeing qui prenaient en compte les passagers à partir du réseau sous régional de Camair-Co étaient implacables. Un classement des vingt premières destinations intercontinentales les plus rentables de la compagnie aérienne camerounaise, au départ du hub de Douala et classées par ordre d’importance, faisait la part belle à Paris (France), suivi immédiatement de Dubai (Emirats Arabes-Unis), puis Guangzhou (Chine), Bruxelles (Belgique), Washington (Usa) et autres.

Qu’est ce qui a bien pu justifier le retrait du projet, des destinations Dubaï et Guangzhou classées numéros deux et trois du réseau intercontinental initialement envisagé ?

Pour Ernest Dikoum, c’est pour «non rentabilité sur les vols retour». Une explication que les cadres de la direction commerciale de Camair-Co que nous avons rencontrés balayent d’un revers de la main : «Il ne faut pas prendre les Camerounais pour des imbéciles, même un enfant du cours élémentaire sait que les billets d’avion sont vendus «aller-retour». Une ligne ne peut pas être rentable à l’aller et non rentable au retour, les vols retour ramènent les passagers transportés à l’aller. Nous sommes en pleine prestidigitation.»

Dans les allées du Ministère des transports, de l’Autorité civile aéronautique(Ccaa) et même de Camair-Co, la raison est évidente : «La suppression des destinations de Dubai et Guangzhou participe de la logique de ne pas empiéter sur les désertes des compagnies du Golfe, notamment de Fly-Emirates. On sait très bien qu’il ya quelques semaines, Edgard Alain Mebe Ngo’o est allé accorder la 5è liberté aux Emirats. La manœuvre du retrait des destinations de Dubai et Guangzhou vise tout simplement à faciliter la prise de contrôle du ciel camerounais par Fly-Emirates», martèle-t-on sans ambiguïté dans ces milieux.

Sur un tout autre plan,alors que le projet initialement présenté par Boeing devait être implémenté immédiatement, les avions avait d’ailleurs déjà été localisés et le chronogramme d’acquisition et d’entrée en service arrêté, ce plan Boeing«révisé»,selon Edgard Alain Mebe Ngo’o, «ne sera implémenté qu’à partir de 2018». Pendant qu’Ernest Dikoum annonce de son côté : «le Cameroun d’abord avec 72 vols par semaine». Très curieux !

Pour bon nombre d’observateurs, cette soudaine sortie médiatique du ministre des Transports s’apparente plus à un effet d’annonce pour distraire l’opinion publique et montrer que le projet n’a jamais été mis sous le boisseau. Pourtant, on se souvient de la hargne du président du Conseil d’administration de Camair-Co, Mefiro Oumarou qui, au cours du tout premier Conseil d’administration de son ère, avait jetéaux orties le rapport des Américains.Une position qu’il a maintenu jusqu’à la dernière session du Conseil d’administration.

C’est donc dans environ deux ans que le plan Boeing «révisé»sera mis en œuvre. Comment Camair-Co va-t-elle survivre quand on sait que sa flotte est clouée au sol depuis plus de quatre mois ? Que le chiffre d’affaires a dégringolé d’une moyenne de 2,5 milliards par mois à environ 200 millions de F CFA à cause de la réduction de l’exploitation au seul réseau domestique ? Pendant ce temps, l’ Etat y a injecté ces six derniers mois pas moins de 22,5 milliards de F CFA ?

A ce rythme, Camair-Co sera morte et enterrée longtemps avant 2018, surtout que du côté du ministère des Finances, il se dit que le ministre Alamine Ousmane Mey n’est plus disposé, tant qu’il n’y voit pas clair, «de continuer à jeter l’argent du contribuable camerounais dans un tonneau de danaïde».

«Tout laisse penser que les fossoyeurs de la Camair-Co ont vraiment pris le contrôle de cette compagnie le 22 aout 2016 et s’attèlent depuis lors à la faire disparaitre par tous les moyens. Ils ont certainement imposé aux experts de Boeing de retirer de leurs études les deux destinations du projet Camair-Co couvrant le Moyen Orient et l’Asie et ainsi rester cohérents avec leurs logiques de dérouler le tapis rouge à Emirates», déclare un cadre de la Ccaa. Et d’ajouter : «La ligne de Dubai est pourtant devenue encore plus intéressante depuis que la compagnie congolaise Ecair qui assurait régulièrement cette liaison au départ de Brazzaville est en difficulté. Camair-Co pourrait exploiter ce gisement de passagers à son profit».

Depuis quelques jours, Edgar Alain Mebe Ngo’o est engagé dans une vaste campagne médiatique pour tenter de rattraper ce qui peut encore l’être et sauver le «soldat» Ernest Dikoum. Malheureusement, tant au sein de la Camair-Co que dans l’opinion publique, la religion sur l’incompétence notoire et avérée du Directeur général de Camair-co est établie. Il ne fait plus aucun doute, Ernest Dikoum a surabondamment démontré son incapacité non seulement de diriger une compagnie aérienne, mais encore de mettre en œuvre un projet de l’envergure de celui de la relance de Camair-Co.

Le ministre Edgar Alain Mebe Ngo’o aurait gagné à reconnaitre qu’il s’est trompé dans le choix de l’homme, s’en excuser, s’en affranchir et rechercher de véritables solutions pour sortir notre compagnie aérienne nationale du grappin dans lequel elle se trouve aujourd’hui empêtrée. Au lieu de cela, il déploie un dispositif «kilav» pour tenter de sauver Ernest Dikoum par des arguments dénués de tout bon sens et emprunts de mensonges flagrants. Edgar Alain Mebe Ngo’o va même jusqu’à déclarer sans sourciller que c’est Ernest Dikoum qui a obtenu la certification Iosa de Camair-Co, oubliant comme par enchantement qu’il avait lui-même présidé, à l’Hôtel Hilton l’année dernière, en présence de quelques membres du gouvernement, la cérémonie de remise du parchemin Iosa à Jean Paul Nana Sandjo par le Vice-président Iata, Raphael Kuuchi.

Les intérêts égoïstes ne doivent pas primer sur ceux d’un pays. Que tous ceux qui jouent avec les intérêts de Camair-Co sachent que, tout comme les Lions Indomptables, les Camerounais tiennent à leur compagnie aérienne nationale, la onzième région du Cameroun, et que l’heure de la reddition des comptes sonnera !
Yves Mbella, avec La Nouvelle Expression