Camair-Co: Le Dja, de l’argent gâché

Le Boeing 767/300 de la compagnie aérienne nationale est cloué au sol depuis 12 mois, devenant alors l’objet de toutes les curiosités dans les couloirs de l’ancien aéroport de Douala. Et ce sont près de 6 milliards de Fcfa en termes de charges fixes qu’a généré cette immobilisation.

C’est en septembre 2016 que le 767/300 TJ-CAC de la Cameroon Airlines Corporation est immobilisé dans le tarmac de l’ancien aéroport de Douala, et personne pour expliquer exactement les raisons ou tout au moins les problèmes techniques que connait cet unique gros porteur dont dispose jusqu’ici Camair-Co pour des liaisons vers Paris. L’on observe tout simplement quelques mécaniciens qui font quelques travaux de rafistolage afin que l’avion puisse aller de toute urgence en Ethiopie.

Des indiscrétions glanées parlent «du nettoyage du tableau de bord, de la maintenance de tout le système électrique d’un appareil qui se détériore au jour le jour, rattrapé par l’érosion et l’affaissement des pneus», nous informe-t-on discrètement. Une petite préparation ordonnée par la direction générale qui a demandé aux mécaniciens de «faire tout et tout pour permettre au Boeing de prendre l’air en direction de l’Ethiopie», nous fait comprendre un agent technique qui déplore un manque de sérieux du Top management.  «Il faut bien qu’on nous explique. En 2016, au mois d’août, cet avion est revenu d’une visite technique qui a couté à la compagnie une rondelette somme de 2 milliards Fcfa et l’on avait soufflé de voir les liaisons Douala-Yaoundé-Paris établies. Une joie de courte durée, puisque rien n’a changé», nous souffle-t-on dans les couloirs de la compagnie.

Il en est de même de la certification Tco pour la nouvelle réglementation européenne en matière de navigation aérienne. Toutes les démarches entreprises par l’ancienne équipe sont restées sans suivi et même sans suite, à cause des tergiversations de tous ordres de la nouvelle équipe dirigée par Ernest Dikoum qui n’a pas jugé utile de s’installer dans la continuité des démarches pour maintenir en vol le Dja. Quelques cadres et techniciens rencontrés chantent dans la même gamme : «Le nouveau directeur général avait bien la possibilité de continuer avec l’exploitation du Dja pour couvrir la desserte de Paris très rentable avec près de 80 % des recettes de notre compagnie. Dommage qu’on veut miser sur le réseau domestique… Alors que la compagnie dispose de cinq avions acquis en toute propriété, dont un gros porteur, cela traduit tout simplement de l’amateurisme ou tout au moins aucune vision en terme de développement de Camair-Co face à la grande concurrence», déclarent certains proches collaborateurs de M. Dikoum.

Un avion Camair-co

Il devient donc difficile en tout cas de justifier la mise au sol d’un appareil qui, aux yeux des spécialistes, va devoir nécessiter une maintenance de grande ampleur. «Nous sommes dans une ville où les conditions météorologiques ne sont pas favorables pour un avion qui doit rester inactif pendant de longs mois. Douala est une zone à fort taux d’humidité. On parle désormais de refaire une Check C04, qui va nécessiter un peu plus de 2 milliards Fcfa. Sans compter d’autres charges inhérentes du fait de la longue immobilisation de l’avion, comme la maintenance en ligne, la location des moteurs, les réserves de maintenance et autres. Même au sol, cet appareil va revenir à près de 6 milliards Fcfa, tous les frais confondus. Ce qui pouvait coûter moindre s’il était en activité», nous explique-t-on.

La peur et l’incertitude ont donc envahi les mécaniciens de Camair-Co qui craignent la mise en épave du Dja. «Cet avion ne doit pas aller en Ethiopie dans ces conditions sous peine de le perdre et de le voir devenir une carcasse. Les propriétaires des moteurs loués montés sur l’avion sont aux aguets pour récupérer leurs moteurs pour des factures de loyers impayées et l’avion risque de rester longtemps au sol sans moteurs. Ce qui sera dommageable pour l’aéronef. En voulant à tout prix abandonner l’avion en Ethiopie, le Directeur général veut-il mettre le gouvernement dos au mur pour faire réparer les moteurs en panne du Dja par Ethiopian Airlines qui avait facturé ce marché à 5 milliards de Fcfa plus chers que son concurrent la société Iai-Bedek qui avait proposé 3 milliards de Fcfa et qui avait été sélectionnée avant sa nomination ? Comme nous n’en sommes pas encore là, on préfère s‘en tenir à ce que nous vivons. Mais il y a tout de même trop de flou dans la maintenance des avions dans l’ensemble. On l’a vécu en mai dernier avec le Boeing 737 QCA. Pour sa visite technique, le Directeur général a ordonné le décaissement de près 850 millions Fcfa contre 175 millions Fcfa proposés par la société Eas France. Le Dg a préféré traiter avec les Ethiopiens. Ce qui n’est pas du tout sérieux..», dit sous anonymat,  un cadre du département de la maintenance de Camair-Co.

Au niveau de la direction générale, aucune explication n’est possible. Un mur infranchissable a été construit, difficile en tout cas de glaner un avis contraire. Du moins, le Top management est «préoccupé par le projet de couvrir le transport domestique d’abord. Paris et autres villes étrangères peuvent attendre», nous dit le slogan dans les bureaux.