Faux cachet et imitation de signature du Pca : La présidence enquête à la Camair-Co

Un réseau de faux cachet et d’imitation de signature du Pca de Camair-Co, Louis Georges Njipendi Kouotou, découvert à la représentation régionale de la compagnie à Yaoundé. Le bureau du secrétaire des conseils d’administration cambriolé au siège social de la Camair-Co à Douala. La présidence de la République ouvre une enquête.

En cette matinée du 10 octobre 2017, la sérénité n’est pas la chose la mieux partagée au siège social de la Camair-Co à Douala. Ce n’est pas l’épave du Boeing 767/300 «le Dja», qui alimente les conversations, encore moins  les deux Boeing 737 stationnés sur le tarmac de l’aéroport international de Douala pour absence de destinations exploitables, ou encore les licenciements à la pelle et en violation des textes réglementaires ; mais les commentaires sont plutôt focalisés sur le cambriolage dans la nuit du 09 au 10 octobre, du bureau du secrétaire des conseils d’administration, Mengou Madiba.

Selon nos sources, les malfrats n’auraient emporté que les documents des différents conseils d’administration sous l’ère Dikoum. Curieusement, la rondelette somme de 650.000 Fcfa trouvée dans ledit bureau a été épargnée ainsi que les rapports des conseils d’administration concernant la gestion des prédécesseurs de l’actuel directeur général. Tout aussi étonnant, révèle une source ayant participé au comité de crise convoqué par le Directeur général, «la porte centrale qui donne au bureau de Mengou Madiba, n’aurait pas été forcée encore moins des bureaux avoisinants. Pire encore, la serrure de la porte aurait été démontée de l’intérieur du bureau du secrétaire des conseils d’administration sans subir de grands dommages. Les vigiles qui sont chargés de veiller au grain, à l’entrée comme à la sortie de l’enceinte de la compagnie, aurait déclaré n’avoir pas constaté la présence d’une personne suspecte au siège de la compagnie durant cette nuit».

Ce cambriolage survient quelques jours seulement après la découverte, à la représentation régionale de la compagnie à Yaoundé, d’un réseau de faux cachet et imitation de signature de  Louis Georges Njipendi Kouotou, Président du conseil d’administration de Camair-co.

Pca Camair-co
Dg Camair-co

En effet, le scandale du faux cachet et imitation de la signature du Pca de la Camair-Co démarre, selon nos sources, le mercredi 4 octobre 2017 à Yaoundé lorsqu’un administrateur de cette compagnie sollicite un ticket de transport à tarif réduit. Conformément à la procédure, une demande d’émission de ticket de transport doit être dument rempli et déposé chez la représentante régionale de Camair-Co pour le Centre et Sud, dame Irène Ngniman. Cette dernière se doit de la transmettre au Pca pour accord et visa.  Le lendemain 5 octobre, dame Irène Ngniman appelle l’administrateur pour lui annoncer que sa demande a reçu le visa du président du conseil d’administration, et lui envoie par e-mail, ladite demande, visée, afin qu’il puisse passer à la représentation pour faire établir le billet d’avion aux conditions tarifaires sollicitées.

Mais, c’est plutôt vendredi 6 octobre que l’administrateur choisira de s’y rendre. En l’absence de dame Irène Ngniman, l’administrateur en question va tout naturellement se diriger vers le secrétariat du Pca pour faire établir son titre de transport. Il est surpris d’entendre l’assistance du «Boss» dire ne pas se souvenir d’un tel document paraphé par son patron. Ce d’autant qu’il est de sa responsabilité de veiller minutieusement à tout document devant entrer dans le parapheur du Pca. Avec le réflexe d’une professionnelle, elle joint Louis Georges Njipendi Kouotouo qui ne reconnait pas avoir, ni vu, ni validé une telle demande. Après investigations, le cachet aurait été apposé sur la demande par dame Irène Ngniman. Emporté par une colère inimaginable, le Pca saisit Ernest Dikoum pour lui demander les raisons pour lesquelles dame Irène Ngniman garderait par devers elle et à son insu un cachet dont il est censé être l’unique utilisateur.

Surprise Générale ! Ernest Dikoum, au lieu d’adresser une demande d’explication à dame Irène Ngniman, va plutôt s’empresser d’appeler l’assistante du Pca, dame Jacqueline Abadoma, pour lui proférer des menaces et lui demander pourquoi elle ne l’a pas appelé ou à défaut Mengou Madiba, secrétaire des conseils d’administration, pour qu’une solution en interne soit trouvée à ce problème. Depuis lors, l’assistante du Pca ne sait plus où mettre la tête, elle qui voulait tout simplement vérifier une information, devenue par la suite un «gros lièvre» qui a mis à nu un réseau de faux cachet et imitation de la signature du Pca.

Pour le personnel de Camair-Co, le cas Irène Ngniman embarrasse Ernest Dikoum pour une raison essentiellement familiale. Elle serait la belle-mère de l’actuel directeur général qui, dès sa nomination, a vite fait de la placer à la représentation du Centre et du Sud, sans doute pour avoir une mainmise sur ce poste stratégique dans la capitale politique du pays. C’est dans cette logique que Gilbert Mbono avait été limogé de son poste de représentant régional du Centre et du Sud et remplacé par Irène Ngniman. Il en a été de même pour dame Augustine Ayingono, ancienne assistante des Pca Edouard Akame Mfoumou et Mefiro Oumarou. Elle avait été mise à la touche, tout simplement par ce qu’elle ne serait pas facilement manipulable et remplacée par Jacqueline Abadoma, une assistante choisie par Ernest Dikoum depuis Douala et qui était l’assistante de Mengou Madiba, secrétaire des conseils d’administration.

Une erreur de casting dont Ernest Dikoum se mord aujourd’hui les doigts ? « Il croyait avoir placé la représentation du Centre et du Sud et même le cabinet du Pca sous son contrôle. Mal lui en a pris puisque le pot aux roses est maintenant mis à nu. Il n’est pas exclu que ce faux cachet ait permis à Ernest Dikoum via Irène Ngniman de se mettre régulièrement en mission sans nécessairement solliciter l’accord règlementaire du Pca, le cachet trafiqué faisant désormais l’affaire. On se souvient que l’une des pommes de discorde entre Mefiro Oumarou et Ernest Dikoum concernaient la propension très élevée du directeur général à se mettre en permanence en mission. Tout laisse croire que l’idée de trafiquer le cachet du Pca  a germé du temps de l’ex-Pca  Mefiro Oumarou afin de permettre au Dg d’avoir des coudées franches pour aller en villégiature», fait-on remarquer dans les allées de la direction générale de Camair-Co.

Autre fait marquant et non des moindres, une source bien introduite au ministère des transports indique qu’Edgar Alain Mebe Ngo’o aurait tenté de venir au secours de son féal Ernest Dikoum, en invitant les parties à une réunion au Ministère des transports, certainement en vue de trouver une solution à cette affaire. Seulement, nous dit-on, le président du conseil d’administration de la Camair-Co serait resté intransigeant au regard de la gravité des faits. Dans la foulée, la présidence de la République n’est pas restée indifférente. Le 10 octobre 2017, une mission venant de Yaoundé, conduite par un Colonel de l’armée, est descendue sur les lieux, pour enquêter sur le mystérieux vol perpétré dans le bureau du secrétaire des conseils d’administration, et qui n’a concerné que les documents du conseil d’administration de l’ère Dikoum. De là à penser que le cachet incriminé servait par ailleurs à tripatouiller les documents du conseil, il n’y a qu’un pas.