Pourquoi la crise anglophone est un problème anglophone et un problème camerounais

Dans cette analyse, Dr. Séverin NDEMA-MOUSSA, Docteur d’État en Droit Public et en Science Politique, constate tristement que dans le subconscient de plusieurs camerounais tout comme dans les discours de certains officiels ou assimilés, il semble être admis le fait qu’il y a eu et qu’il y a un problème entre les camerounais dits anglophones et ceux dits francophones.

Plus précisément, pour certains camerounais dits francophones qui s’expriment dans les médias et dans les diverses communications électroniques, sans l’ombre d’un doute il est évident que les camerounais dits francophones sont responsables directement ou indirectement de ce que vivent les camerounais dits anglophones. Ce que ces derniers vivent est la crise anglophone qui n’est rien d’autre que la manifestation plu visible du problème anglophone.

Ceci devient répandu et même repris par une minorité de camerounais dits anglophones. Il devient donc nécessaire et même obligatoire de faire une mise au point pour ne pas – si cela se prolongeait sans correction- à la longue fragiliser le vivre en commun, le vivre ensemble  inlassablement bâti depuis des générations et pour le consolider en ces moments particulièrement difficiles à la fois pour les camerounais dits anglophones mais aussi pour les camerounais dit francophones et  pour le Cameroun en entier.

LA CRISE ANGLOPHONE CE N’EST PAS UNE CRISE ENTRE ANGLOPHONES ET FRANCOPHONES

Des avocats anglophones affichent leurs revendications

Il faut dire haut et fort et de manière péremptoire qu’il n’y a rien de plus faux que dire qu’il y a un problème entre les camerounais dits anglophones et ceux dits francophones au Cameroun ou en dehors du pays. Si tel était le cas, ce serait alors un analyse tronquée, faussée et orientée consciemment ou non à dessein et un problème créé de toute pièce et pour lequel ses auteurs seuls connaissent consciemment ou inconsciemment les motivations qui les animent. Il faut affirmer qu’il n’y a pas de problème entre les camerounais dits anglophones et ceux dits francophones. Il existe plutôt une crise anglophone dirigée majoritairement et même uniquement contre la fonction publique d’état et contre le gouvernement et l’état camerounais et de plus en plus ceux qui incarnent l’état et ce dans le cadre du problème anglophone.

C’est une faute politique grave et inacceptable de continuer à propager l’idée selon laquelle les camerounais dits francophones sont responsables en partie ou en totalité de la crise anglophone d’une part et du problème anglophone d’autre part.  Si tel était malheureusement le cas, ce serait en effet rendre les camerounais dits  francophones comptables et coupables par association des actions et inactions de la fonction publique, de la technocratie gouvernementale, du gouvernement et de l’état. Ce ne sont pas les camerounais dits francophones qui sont à l’origine ou responsables du problème anglophone. C’est plutôt la fonction publique, la technostructure administrative, bureaucratique et gouvernementale, le gouvernement, l’élite politique composée des camerounais dits francophones et même des camerounais dits anglophones qui ont soutenu et qui soutiennent les différents présidents et l’état camerounais.

En effet, il faut affirmer sans hésitation que  la fonction publique, la technostructure administrative et bureaucratique tout comme le gouvernement et l’état  n’agissent pas au nom de la population dite francophone et ne la représentent pas dans les différentes interventions qu’ils posent ou non. Ce n’est pas la population dite francophone qui intervient et donc est responsable lorsque l’état et ses différents démembrements que sont le gouvernement, la fonction publique et la technostructure administrative et bureaucratique posent ou ne posent pas des actions de quelle que nature que ce soit. Il s’agit en fait et en droit de deux entités –l’état, le gouvernement, la technostructure administrative, bureaucratique, l’élite politique du parti au pouvoir d’une part et la population camerounaise dite francophone d’autre part- distinctes et différentes en fait et en droit.

Les camerounais dits francophones et ceux dits anglophones vivent en harmonie et dans la tranquillité dans les différentes villes de la partie dite francophone et dans la partie dite anglophone et vice versa. Il ne faudrait pas par conséquent ouvrir et perpétuer une confusion qui elle-même serait si l’on est pas prudent génératrice de ressentiment des camerounais dits anglophones contre les camerounais dits francophones laquelle fracturerait durablement le vivre ensemble chèrement bâtie au fil des années.

Les camerounais dits francophones en général ne sont pour rien dans les difficultés exprimées par leurs compatriotes dits anglophones. Les responsables sont l’élite gouvernementale et bureaucratique, les politiques des partis au pouvoir à différents niveaux,  le gouvernement et l’état camerounais lesquels comprennent aussi bien des camerounais dits francophones et ceux dits anglophones peu importe les pourcentages respectifs des uns et des autres. Il faudrait éviter de faire porter la responsabilité sur la population camerounaise dite francophone qui ne détient pas de pouvoir et n’est  responsable en rien car ne posant aucune action ou s’abstenant d’actions qui ont pour effet de contrarier, d’éviter ou de retarder  le développement harmonieux  de la partie dite anglophone du pays et de sa population et le respect et la promotion de ses éléments culturels et politiques tant spécifiques que généraux.

Combien de personnes travaillent pour la fonction publique au Cameroun ou l’incarnent? Combien de personnes forment le gouvernement, combien de personnes font partie du ou des partis au gouvernement ? Ce sont toutes ces catégories sociales de camerounais ci-dessus qui devraient porter la responsabilité directe et indirecte du mal être exprimé par des camerounais dits anglophones et non la population camerounaise constituée par les camerounais dits francophones. Moi, tout en faisant partie de la population camerounaise dite francophone mais de sensibilisation anglophone par éducation et par vécu depuis plusieurs décennies en dehors du Cameroun, ne suis responsable en rien de la situation des camerounais dits anglophones bien au contraire. Je ne suis pas dans ce cas l’exception car nous connaissons tous un bon nombre de camerounais au Cameroun ou à l’étranger qui sont dans la même situation.

Puisque l’heure est devenue celle de la vérité, il est indispensable d’établir les responsabilités et d’identifier les auteurs du mal être des camerounais dits anglophones. L’heure des bilans est sans doute arrivée et il faudrait bien faire le distinguo et non perpétuer l’amalgame qui elle-même ne favorise pas le vivre en commun, le vivre ensemble et l’unité à construire, à maintenir et à perpétuer au sein des camerounais où qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur du Cameroun.

Il faudrait éviter de cultiver le ressentiment des camerounais dits anglophones – ou tout au moins de certains d’entre eux –  envers les camerounais dits francophones, car l’affirmation première de la responsabilité directe ou indirecte des camerounais dits francophones est totalement fausse. Il n’y a pas de problème entre la population dite anglophone versus la population dite francophone au Cameroun. La preuve la plus éclatante est apportée par l’existence de députés faisant partie des camerounais dits anglophones et pourtant élus dans la partie dite francophone du pays.  Il y a en réalité un problème entre les camerounais dits anglophones et la fonction publique, la technostructure administrative, bureaucratique  et gouvernementale, le gouvernement, l’élite politique du parti au pouvoir et ses soutiens au parlement et au gouvernement  et l’état du Cameroun. Personne ne peut le nier ou démontrer le contraire.

La non revendication explosive ou caractérisée des francophones face aux actions et inactions de la fonction publique, de la technostructure administrative et bureaucratique, le gouvernement  et  l’état brimant les droits de la population dite francophone ou créant un manque de développement dans les localités n’est pas du tout génétique comme certains semblent le laisser facilement croire. Ce n’est pas tout aussi nécessairement liée à l’administration coloniale française (de France) comme certains veulent toujours s’excuser, se dédouaner mais  peut s’expliquer et d’ailleurs s’explique.

Pour preuve, quel est le nombre de camerounais dits francophones encore en vie aujourd’hui qui ont vécu sous l’administration coloniale française ? Cette soumission des camerounais dits francophones que l’on peut qualifier de passive peut au contraire s’expliquer par certains faits.

C’est surtout la réalité de la férocité et de la violence de la répression exercée par l’administration camerounaise post coloniale qui a suivi les brutalités et les violences toutes aussi féroces de l’administration coloniale française et les traumatismes qui en ont découlé qui expliquent réellement que plusieurs familles dite francophones aient cultivé et maintenu depuis lors une culture non de la soumission mais une culture de repli silencieux, tactique, protecteur  et dans l’ombre face aux actions et inactions inacceptables, abusives et  caractérisées volontaires ou non de l’État quels qu’en soient par ailleurs les justificatifs avancés par les uns ou les autres. Bref, un repli protecteur face aux actions et inactions de la technostructure  bureaucratique et gouvernementale, de l’élite politique tant francophone et anglophone et le gouvernement à répercussion négative sur les populations dont la population dite francophone elle – même en premier.

En effet, la création de l’état au Cameroun s’est accompagnée de la mise sur pied d’un modèle de  répression tout azimut et d’une brutalité sans limite au point que la soumission totale et l’obéissance aveugle de la part de la population, des administrés surtout dans la partie dite francophone est et a été  depuis toujours la seule attente de la technostructure administrative, bureaucratique et gouvernementale et l’état au point que c’est devenu tout simplement un modèle de société implanté, promu et défendu plus ou moins subtilement.

Ce modèle a construit le Cameroun sur 50 ans et plus et a eu jusqu’aujourd’hui des effets profonds sur la population qui se caractérisent par un manque d’engagement sincère, direct et effectif des camerounais dits francophones dans les actions d’amélioration du système de gouvernance de la chose publique à tous les niveaux  entre autre. Ce modèle a eu et a aussi un impact négatif dans l’ensemble sur les administrations elles-mêmes et sur ceux et celles qui  dirigent le pays et le servent directement et plus spécifiquement du point de vue de la gouvernance et du respect des lois et de la constitution.

Dès lors, la peur s’est installée comme règle et la démission dans les actions d’accompagnement ou d‘initiation de demandes de développement collectif ou global comme mode opératoire du côté des camerounais dits francophones.

En effet, l’état attend seulement que la population se soumette, fasse allégeance et cela même si c’est une allégeance en trompe l’œil et dépourvue de toute conviction et de toute adhésion réelle et sincère et il le sait lui-même. Comportement,  attitude et attente qui en réalité privent à contrario le gouvernement et l’état d’une rétro action indispensable dans la conduite des affaires de l’état, dans la définition et l’évaluation objectives des politiques et actions politiques mises en œuvre ou pas. C’est ce fonctionnement qui malheureusement a continué jusqu’aujourd’hui et qui est caractérisé par le fait que l’état tient la population au respect assez strict des actions et inactions gouvernementales qui sont par apparences souples à certains égards mais en réalité trompeuses, puisque faites aussi souvent par de la manipulation directe et indirecte, consciente ou non des faits en cause.

Dès lors c’est dans l’obéissance absolue que l’état et la technostructure administrative et bureaucratique assistée par l’élite politique au pouvoir répond et dirige, ce qui les prive malheureusement d’une écoute attentive des attentes réelles du peuple. C’est pour cela que lorsque commencent les revendications dans une partie du territoire national ou par un segment plus ou moins grand de la population, la première réaction de l’état est de chercher à faire taire la population visée et à lui faire savoir par des moyens plus ou moins violents, plus ou moins acceptables que c’est lorsqu’elle se taira que lui état commencera à être disposé à entendre ses complaintes et préoccupations et éventuellement s’il le veut bien à ouvrir les négociations et à résoudre à sa manière les problèmes ou la situation pour lesquels il y a eu revendication de la partie de la population concernée.

L’exemple patent est celui du ministre actuel de la communication qui est passé dans les médias en déclarant en substance que ceux des camerounais membres de la partie dite anglophone qui depuis l’étranger portent certaines revendications dont certaines sont tout à fait acceptables et d’autres pas doivent d’abord  faire un mea culpa à la nation et doivent demander des excuses au pays avant toute possibilité d’écoute par l’état. Or, une telle demande s’apparente étrangement à la démarche existant dans un système monarchique et ce, même pas dans une monarchie constitutionnelle. C’est cette culture de l’attente de la soumission de la part de la population et des administrés qui régit pratiquement tout le fonctionnement de la technostructure administrative et bureaucratique, de la bureaucratie gouvernementale, bref de la fonction publique et cela dans la recherche d’un simple document ou renseignement par les administrés en général.

Cette attitude et ces actions et inactions gouvernementales et de ses structures d’application et de mise en application des politiques  a même déteint une partie de la population en ce que lorsque que l’on écoute les radios camerounaises ou quand on regarde certaines émissions sur les  télévisions camerounaises on entend les invités utiliser par exemple l’expression « l’état est un monstre froid » pour illustrer la réaction de l’état face à la résistance de la population ou de certaines franches de la population à certaines réactions qualifiées non acceptables et non acceptées ou non tolérées de l’état, alors même que l’on se serait attendu d’entendre ces invités et journalistes insister plutôt sur l’obligation absolue et première de l’état de respecter et de faire appliquer strictement, purement et simplement la loi et la constitution seuls documents en réalité qui donnent et devraient encadrer le pouvoir et l’action de l’état et ses agents.

Cette réalité  a eu un impact dans les comportements des familles face aux actions et inactions intolérables de l’état et de ses agents et intermédiaires vis-à-vis de la population et ce par leur acceptation pure et simple de manière fataliste par celles-ci elle-même. L’acceptation inévitable de cette soumission aux actions et inactions fautives s’explique aussi par le fait que  dans un pays où il n’y a pas de sécurité  sociale généralisée et où les aînés doivent par devoir et par solidarité subvenir aux besoins des plus jeunes, des plus vieux, des plus démunis et des plus vulnérables, il s’est développé plus encore de la partie dite francophone une culture et une réalité de la prudence renforcée au nom de la préservation de la survie de soi-même et des siens. Bref une protection individuelle et collective.

Depuis quelques années cependant, il faut dire qu’il est devenu plus facile de clamer haut et fort jusqu’à un certain degré toutefois son mécontentement  et encore. Tout ceci tout simplement parce que la société  s’est quelque peu libéralisée á la suite des évolutions sur le plan interne et à la suite  de l’intégration de plus en plus grande du pays au monde et ce grâce aux moyens de communication de plus en plus fluides et performants. Le pays s’est plus ouvert du fait que désormais avec la vitesse des télécommunications modernes le monde regarde désormais le Cameroun en permanence et vice versa. Bref, il s’agit désormais et pour toujours du monde de l’ANDROÏD et ses implications et ses effets irréversibles les plus impensables et insoupçonnés.

Le problème et la crise anglophone n’est pas une crise entre camerounais dits anglophones et ceux dits francophones et cela peut même surtout se vérifier par le fait que l’amorce de dialogue qui a été enclenchée et les différentes actions prises en réponse aux demandes des avocats et des enseignants camerounais dits anglophones  ne sont pas et n’ont jamais été l’œuvre des  camerounais dits francophones mais plutôt l’initiative  de l’état agissant à travers le gouvernement et la technostructure administrative et bureautique et assistée directement et indirectement par l’élite politique au pouvoir.

LA CRISE ANGLOPHONE EST UN PROBLÈME ANGLOPHONE ET UN PROBLÈME CAMEROUNAIS

Il n’est pas faux de dire que la crise anglophone n’est que la révélation à la fois du problème anglophone mais aussi étonnant que cela puisse être du problème francophone et du problème camerounais. En effet la crise anglophone a mis à jour ce que vivent depuis toujours les camerounais dits francophones particulièrement  à savoir les conséquences aigües de la mal gouvernance et parfois de la brutalité et de la violence plus ou moins directes exercées sur ces populations par  certains représentants de l’état au mépris des lois et de la constitution.

Tout ceci a eu des effets pervers sur la population qui sont caractérisés principalement par un mal criant du manque d’engagement réel des camerounais dits francophones dans les actions citoyennes de changement ou d’amélioration significative de mode de vie et de leur environnement socio –économique, un manque d’actions collectives pour le changement et l’amélioration de la vie dans les localités.  Le problème anglophone  n’est en réalité que le révélateur du problème camerounais

Cette crise anglophone est venue en effet montrer aux camerounais dits francophones que les gouvernements sont à leur service et non l’inverse et que les lignes peuvent bouger par des actions collectives et non par des actions individuelles comme cela avait court jusqu’ici dans la partie dite francophone. L’état est là pour servir sous le regard attentionné et attentif des populations et non pour se servir. Bref, la vocation de l’état et du gouvernement qui en est issu et  de la bureaucratie et la technostructure administrative et gouvernementale qui est à son service est fondamentalement de rendre des comptes et non le contraire et jamais le contraire.

Or, de l’autre côté du Moungo dans le Sud-Ouest et dans le Nord-Ouest, cette règle et ce principe simple et exigeant de l’administration publique et de la démocratie a été depuis longtemps et depuis toujours compris d’où la résistance á l’état et à technostructure administrative et bureaucratique lorsqu’il apparait que l’état ne rend pas compte, l’état ne veut pas tenir compte des demandes de la population.

En fait,  l’état en substance par son comportement se veut irresponsable et veut directement et indirectement que l’on qualifie plus souvent  qu’autrement ses actions et inactions à  impact et  effets négatifs sur les populations et sur le développement local et national d’acceptables notamment par le recours à des raisons fallacieuses et non en prise avec le réel et avec les enjeux et nécessités de développement à court, moyen et long terme qu’il avance explicitement ou non ou qui les soutendent.

En effet, la situation ou plus précisément l’évolution des rapports entre l’état et sa population a été quelque peu différente dans la partie dite anglophone comparée à la partie dite  francophone.  En effet, sans nier la spécificité de la communauté dite anglophone et le système de gouvernement qui y a existé avec le « indirect rule », les relations entre l’état , la technostructure administrative et bureaucratique et la population était différente et cela même s’il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que le nombre de gens qui y ont vécu sous l’administration coloniale britannique et sous « l’indirect rule » y est aujourd’hui fortement minoritaire.

Cette affirmation peut être constatée tout simplement en regardant les manifestations des jeunes camerounais de la partie anglophone. On peut constater à juste titre que ceux qui manifestent dans les rues sont dans la quasi-totalité des personnes de moins de 50 ans soit des personnes qui sont nées sous l’administration camerounaise post coloniale et beaucoup plus sous l’administration des présidents issus de la partie francophone du pays et assistées des élites issues tant de la partie dite francophone et même de la partie anglophone et ce à des degrés divers.

La réalité est que la partie anglophone a dans l’ensemble peu subi la violence de l’administration post coloniale et donc n’a pas intégré en son sein l’obligation stratégique de la politique de « self containment », d’autolimitation et d’auto protection pour éviter les foudres de l’administration. Pour preuve, pendant la lutte pour l’indépendance et les premières années de l’administration camerounaise post coloniale, une partie de la population camerounaise dite francophone  et des activistes dans la partie dite francophone, pour avoir la vie sauve étaient allées  se réfugier et s’installer dans la partie anglophone pour trouver protection, continuer la résistance  et avoir ainsi vie sauve.

Il faut être juste avec les camerounais dits anglophones tout en évitant de tomber dans le syndrome de l’auto flagellation par les camerounais dits francophones qui consiste à dire à tort qu’ils sont responsables directs ou indirects du mal être des camerounais dits anglophones. Il faut identifier ceux et celles qui sont réellement la cause de la situation décriée par les camerounais dits anglophones ? Il faut éviter l’amalgame très fâcheux qui ferait que d’autres  victimes elles-aussi des actions et des inactions inacceptables de la technostructure administrative et bureaucratique, du gouvernement et de l’état seraient devenus par un mécanisme grossier,  faux et un tour de passe-passe intellectuel et politique et par conséquent extrêmement trompeur de transformation et « tronquage » de l’histoire la cause des malheurs de leurs compatriotes dit anglophones.

C’est l’heure de vérité  et la vérité ne peut se trouver et durer que dans la clarté et dans l’honnêteté et dans la répartition des rôles pour les actes posés consciemment ou non par les uns et par les autres. Il nous faut savoir orienter les responsabilités, les identifier afin d’ amener ceux et celles identifiés à corriger ou à changer leurs comportements fautifs passés ou ressentis comme tels par la communauté dite anglophone et par ricochet et naturellement par la communauté dite francophone.

Ce n’est pas la population dite francophone qui nomme aux emplois civils et militaires et à tout moindre poste dans la fonction publique à moins que soit imputée à celle-ci une responsabilité indirecte qui ne se justifierait alors que par leur vote. Si tel était malheureusement  le cas, même là, il faudrait faire une distinction entre les votants dans la population dite francophone puisque cette population n’a jamais voté à 100% pour les différents chefs d’états considérés comme francophones. Il faudrait dès lors soustraire ceux et celles d’entre eux qui n’ont jamais accordé leur vote à ces responsables publics dits francophones. Si malgré tout ce qui précède, la responsabilité des camerounais dits francophones était toujours retenue, par cet amalgame faussement entretenu,  ce serait une double injustice inacceptable dont serait victime la population camerounaise dite francophone.

On ne peut pas tolérer  et accepter que l’on jette l’opprobre sur une communauté qui de surcroît, bien que majoritaire, n’a jamais exercé ou eu un sentiment de domination, de marginalisation  et de sectarisme envers sa minorité. Construire et parfaire le vivre ensemble  exige que correction soit faite et que séparation soit apportée et établie entre les acteurs et les victimes directes ou indirectes, entre les responsables et les non responsables.

En effet, la communauté dite  francophone tout comme la communauté dite anglophone est victime de cette même fonction publique, de cette technocratie, de cette technostructure administrative, de cette bureaucratie tentaculaire  et du gouvernement avec des réalités similaires dans bien des cas et dans d’autres plus ou moins différentes dans le fond en raison des circonstances de temps et de lieu.

Cette distinction n’enlève cependant rien à la crise anglophone mais il s’agit d’éviter d’imputer aux membres de la partie dite francophone des responsabilités qui ne sont pas les leurs. Quand les fonctionnaires, le gouvernement et  l’état camerounais agissent, ils n’agissent nullement comme francophones ou comme représentant des camerounais dits francophones. Ils agissent uniquement et exclusivement bien comme la fonction publique, la technostructure administrative et bureaucratique   qui défend leur pouvoir et leurs  privilèges en s’autorisant malheureusement directement ou indirectement, consciemment ou non des abus et des manquements dont les premières victimes sont la population camerounaise dite francophone elle-même sur bien des plans et les camerounais dits anglophones sur les mêmes plans en plus d’avoir aussi à en subir d’autres du fait de leur état d’anglophones d’où le problème anglophone et ce qui en découle la crise anglophone.

Alors il faut interpeller les camerounais parce que leur avenir est au centre du débat et des enjeux de la crise anglophone et du problème anglophone et la résolution de cette crise et de ce problème dans un sens ou dans l’autre aura des effets déterminants et profonds sur l’être et le devenir des camerounais dits francophones en particulier et du Cameroun en général. D’où alors la nécessité pour les camerounais dits francophones de s’y associer ou d’être associés directement et non indirectement pas comme on le penserait par le biais du gouvernement et cela, tout simplement parce que le gouvernement et la technostructure administrative et bureaucratique qui est son levier, son bras séculier et principal exécutant et instrument de définition et de mise en œuvre des politiques ne va y défendre que ses intérêts en tant que gouvernement, en tant qu’état et donc ses pouvoirs et la modifications ou l’érosion ou non de ses pouvoirs et rien d’autre.

Il ne saurait en effet être autrement et on le comprend bien d’où la nécessité pour les camerounais dits francophones d’être présents dans les structures et tables de négociation et de décision en tant que groupe à part entière et distinct du gouvernement, de l’état et de la technostructure administrative et gouvernementale qui ne peut et doit parler en son nom. En être autrement serait une faute politique très grave dont les répercussions et les effets ne pourraient être mesurés à court ou moyen terme. Mais ce qui est sûr est que les répercussions et les effets seront profonds et pourront être catastrophiques à moyen et long terme.

LES CONSÉQUENCES RÉALISTES ET PROBABLES DE L’AMALGAME AINSI CRÉÉ SUR LES RESPONSABILITÉS DES UNS ET DES AUTRES

Quand on prend la peine de regarder autour de nous et dans les pays voisins, on peut constater que c’est en s’appuyant sur la discrimination prétendue ou réelle d’une majorité sur une minorité que les interventions extérieures dans les conflits internes dans les pays du tiers monde en général commencent et se justifient, sur les plans interne, régional, continental  et international. S’il n’est pas ici question de refuser qu’il y ait une protection assez forte des minorités quelle qu’elles soient dans un pays, puisque la grandeur d’une nation se mesure par la manière par laquelle elle traite et protège sa minorité, il est question de ne pas se laisser abusivement entraîner dans des chemins qui ne sont pas et ne devraient jamais être les nôtres au Cameroun pour aujourd’hui et pour le futur éloigné ou non.

La situation au Cameroun n’est pas celle dans laquelle une majorité à savoir les camerounais dits francophones maltraitent leurs compatriotes dits anglophones au point de préparer les plans de leur exclusion des bienfaits de la république et de mettre sur pied des plans diaboliques plus ou moins subtiles visant leur maltraitance, éviction et confiscation de leurs biens et propriétés par exemple et cela du seul fait qu’ils sont anglophones.

Or, en ne nuançant pas et en n’ajustant pas à la réalité les propos des uns et des autres et en répétant comme le font très inconsciemment certaines personnes intervenant dans les médias de toute sorte au nom des francophones – et souvent au nom de certains anglophones heureusement fortement minoritaires – ou s’y identifiant, il en vient à laisser tirer aussi bien à l’interne qu’à l’extérieur du Cameroun des conclusions fausses et injustes que la majorité des camerounais dits francophones maltraitent leurs compatriotes dits anglophones au seul motif qu’ils sont des anglophones.

C’est d’ailleurs ce que font les médias internationaux qui dans leur très grande majorité disent que les francophones maltraitent leurs compatriotes anglophones, les francophones refusent ceci ou cela à ceux des camerounais anglophones.

Par leurs déclarations, ceci reviendrait à dire implicitement et explicitement que le gouvernement et l’état camerounais parlent et agissent au nom des camerounais dits francophones ou plus précisément qu’ils représentent les camerounais dits francophones – ce qui est complètement faux et doit être réfuté sur tous les plateaux et dans tous les médias avec force et détermination aussi bien par les camerounais dits francophones tout naturellement que par ceux dits anglophones car il en va de la survie et de l’existence des camerounais dits francophones eux-mêmes et de la coexistence pacifique bâtie jusqu’ici par les camerounais dans leur ensemble et qui est à préserver coûte que coûte peu importe le prix à payer.

Le gouvernement représente le gouvernement dans ses actions et inactions de tous ordres et non les camerounais dits francophones. La technostructure administrative et bureaucratique est là pour mettre en œuvre les décisions et les orientations gouvernementales et est là pour la protection de ses intérêts propres, rien de plus. Il n’y a aucune représentation des camerounais dits francophones à imaginer et à inventer de toute pièce et par construction intellectuelle et politique subtile ou non.

Or, avec cet amalgame qui semble prendre corps, il découlera si l’on ne fait pas attention des actions relais prises par les organisations internationales avec le même discours de la marginalisation des camerounais dits  anglophones par leurs compatriotes dits francophones et au bout, tout cela servira éventuellement et même très certainement  de  justificatif des interventions extérieures des puissances étrangères soit directement soit à travers des forces continentales et sous continentales avec pour seul but réel la défense – protection et la promotion de leurs intérêts voire la création de nouveaux suite au désordre ainsi crée par le dépeçage éventuel du Cameroun qui en découlerait. La prise en compte de cette réalité s’impose à tous et à chacun ici et ailleurs. A l’intérieur comme à l’extérieur du Cameroun.

CONCLUSION :

Il ne s’agit pas ici  de nier la crise anglophone ou même de la minimiser d’ailleurs ce que personne ne peut plus faire aujourd’hui tellement il est clair aujourd’hui plus qu’hier que nos compatriotes dits anglophones ont des raisons spécifiques de réclamer des changements tant dans le mode de vie qui est le leur, dans les conditions de vie qui sont les leur et en plus d’un certain mode de gouvernance et un certain mode d’administration des affaires locales et régionales sous lequel ils sont assujettis et ont été jusque – là gouvernés. Et, cela aussi de manière générale à un certain degré par tous les camerounais.

La présente intervention a tout simplement pour but de ne pas créer par ignorance sans doute ou par inadvertance une injustice à laquelle seront victimes si l’on n’en tient pas suffisamment compte collectivement les camerounais dits francophones et de sonner l’alarme pour ne pas créer un monstre que l’on ne pourra et l’on ne saura plus maîtriser le moment venu quand les conséquences fâcheuses se déclencheraient ou se feraient sentir de diverses manières à l’interne comme à l’international.

Il s’agit de laisser le gouvernement et la technostructure administrative et bureaucratique par laquelle il agit faire face aux effets non désirables de leur gouvernance et à les inviter à apporter des solutions globales et spécifiques à la situation pour aujourd’hui mais surtout pour demain en vue d’une transformation radicale de l’administration publique, la protection des libertés, le développement et l’aménagement du territoire au Cameroun.

Bref, pour une nouvelle gouvernance plus souple, plus adaptée à la réalité et à la diversité ethnique, tribale, géographique et linguistique de notre pays et aux demandes réelles exprimées de différentes manières par la population et les localités dans leur ensemble et par l’état de la réalité du développement économique et socio-politique du Cameroun dans son ensemble.